lundi 15 septembre 2014

Bienvenue à Hôtel Boyard

Pour ceux qui ne le savaient pas, je travaille dans un hôtel. Le matin, je remets les chambres en état pour les prochains clients... Autant dire que parfois, j'ai de sacrées surprises!
Imaginez... Je dois laver les salles de bains et ne laisser aucune trace (pas même une goutte d'eau), faire les lits et les poussières. Et quand j'ai fini, je retourne vérifier toutes les chambres: les cintres sont tous dans le même sens? Les poubelles vides? Le programme télé parallèle à la télécommande? Les géraniums arrosés?...
Alors parfois, je cours. Je cours avec mon trousseau de clés dans les mains, ouvrant et fermant des portes. Et là, j'ai comme un sentiment de déjà vu. Vous voyez où je veux en venir? Je suis Passe-Partout ^^

Du coup, comme le travail est assez répétitif, je me suis amusée à imaginer un jeu: Hôtel Boyard
Non mais vous êtes malade!! Jamais je n'irai travailler là-bas!! Brrr.....

Enfin bref, imaginez Patrice Laffont ou Olivier Mine selon votre génération (quoi Castaldi? Ah, vous aussi vous avez fait ce cauchemar? Le monde est petit :P ). Il s'arrête devant une première porte:

Cellule numéro 14: La tarte aux poils
"Monsieur Dupond arrive tout droit du Cap Nègre. Demain il a un entretient d'embauche pour travailler sur la LGV qui se construit à moins de 5km. La route a été longue pour arriver en France, et il doit se faire beau.  Alors il vient d'acheter un joli rasoir, tout beau, tout neuf. Mais Monsieur Dupond n'est pas très doué et il a recouvert toute la salle de bain de ses poils grisonnants.
Votre mission: tout ramasser. Attention, la fée Marie veille au grain. Si elle retrouve une seule de ces sal...ries, même dans la bouche d'évacuation de l'eau, vous avez un point de pénalité.
Par contre, si vous retrouvez le poil de cul en or que Madame Gaston a perdu la veille, vous gagnez un bonus temps pour l'épreuve finale."

Alors on continue? Ça vous a plu?

Cellule numéro 4: Les amoureux transis

"Jean avait bien l'intention de faire tomber les dernières barrières de réticence de Jeannette. Alors il a tout mis en oeuvre pour parvenir à ses fins (ou sa faim...). Resto de luxe, belle chambre... Gagné! Jeanette n'a pas pu dire non. La nuit a été chaude!

Votre mission: Changez tous les draps sans vous en mettre plein les doigts. Vérifiez l’alaise, elle ne doit pas être tâchée! Essuyez le champagne collé au sol.
Vous gagnez un bonus temps si vous retrouvez le préservatif usagé caché sous le lit."

Oui, parfois on se demande si on doit être heureux de savoir que des gens s'éclatent, ou alors grogner pour le boulot à faire...

Cellule Mélusine: Le bronze
(Vous ne pensiez tout de même pas que j'allais mettre une photo de moi sur le trône tout de même?!! Non mais Oh! Allô Quoi!!)

"Papy Jojo et Mamie Linette sont constipés depuis une semaine. Mais pas ce soir. A cause de quoi? Est-ce les ris de veau aux morilles, ou la gélule bleu de Papy... Mystère! Les toilettes sont devenus marrons, même la serviette de bain à perdu de sa blancheur.
Votre mission: Rendez à la cuvette son éclat d'autrefois. Essuyez les murs, que les joins du carrelage soient nickel chrome!
Attention! Vous n'avez que dix minutes, et vous avez oublié vos gants mappa dans la réserve... courez vite!"

Épreuve finale: Le Restaurant.

"Et bien voilà, on y est. L'hôtel est rangé (ou presque, mais la fée Marie est là et sa baguette magique fait des miracles), maintenant il faut remplir les estomacs des clients. Oui mais voilà, vous n'êtes pas seul à servir. Vous devrez envoyer les plats tout en évitant les grands pieds de votre collègue, ne pas rire aux blagues du pâtissier, éviter les remarques acerbes du commis de cuisine, et surtout, surtout, éviter de croiser la mère Poularde qui se fera une joie de vous piquer le temps bonus que vous avez eu tant de mal à gagner dans les épreuves précédentes.
Vous êtes prêts? Attention, le temps est compté, les clients attendent et ont très faim. Ce ne sont pas des tigres, mais presque...."


Ca vous a plu? Vous aimeriez participer à ce nouveau jeu? Au fait, j'ai oublié de vous dire ce qu'on gagne.... Le droit de rejouer bien entendu ;)

jeudi 5 juin 2014

les 24h de la nouvelle 2014

Alors voilà, cette année encore j'ai participé aux 24h de la nouvelle. Le but? Ecrire une nouvelle en 24h, rien de plus simple vous me direz, sauf qu'en temps normal, il faut environ deux à trois jours à une personne saine d'esprit, quand ce n'est pas une semaine, un mois... Heureusement, on nous demande une nouvelle finie, pas corrigé, ce qu'on appelle un premier jet. 
Comme écrire 2000 mots en si peu de temps n'est pas assez compliqué (oui, on a tous une famille, un travail, des amis et tout et tout) on nous rajoute une contrainte. L'année dernière, il fallait insérer les titres de chansons d'un groupe ou un chanteur au choix. Cette année, on devait donné un rôle même minime à un animal de compagnie.
Donc, j'ai relevé le défit, et voilà ce que ça donne. Je rappelle donc, il s'agit d'un premier jet, donc non corrigé (sauf les fautes d'ortho et de grammaire, enfin en partie):

Victime de son succès

Ça y est, je suis morte… enfin ! Que va-t-il m’arriver ? Ma vie était tellement vide que ma mort ne peut être que mieux. Je l’ai vue, ma vie, elle a défilé devant mes yeux comme convenu. Pourtant je n’y ai rien observé de palpitant. Elle était à mon image, fade, sans arôme ni couleur... Aucun intérêt.
J’avance. Enfin, je pense avancer. Je n’ai plus de pied ni de mains, plus de corps. Je flotte vers la lumière. Je m’attends à tout. J’ai lu tellement de choses sur l'au-delà que je ne sais plus, je ne crois plus. Y a-t-il un Paradis ? Un Éden ? Un Enfer ? Ou mieux, le Nirvana. Si ce n’est pas le cas, j’aimerai bien me réincarner. Recommencer ma vie, ne pas dire non, accepter des propositions, refaire les mêmes erreurs ou alors les gommer. Oui, la réincarnation… Ça me plaît… Un nouveau départ, une nouvelle vie.
J’avance. La lumière est derrière moi. Devant… rien… Ce n’est pas blanc, ce n’est pas noir. C’est vide. La mort ressemble à ça ? Au néant ?
Non, une tâche orange bondit de droite à gauche. Elle gambade, semble poursuivre quelque chose. Elle s’arrête. Me regarde. S’approche, s’éloigne. Je n’arrive pas à distinguer ce que c’est, mais je sais. Je sais que je la connais. Cette boule rousse me dit quelque chose. Je l’ai déjà vue. La forme se dirige vers moi, ça y est. C’est Mira, mon chat. Mais… il n’est pas mort. Enfin je crois, ça fait tellement longtemps que je ne l’ai pas approché. Il m’a quitté un jour, préférant le grand air à mon appartement miteux. Je l’ai laissé partir, après tout, je ne suis pas faite pour m’occuper des autres. Pour ça, il aurait fallu que j’arrive déjà à prendre soin de moi.
Mira me regarde, il me voit. Je ne dois pas être aussi invisible que ça en fin de compte. À moins que ce qu’on raconte sur les chats soit vrai : ils possèderaient une sorte de troisième œil. Une amie pensait qu’ils étaient la réincarnation de dieux égyptiens. Pourquoi pas ? Pourtant, maintenant je doute qu’elle eût raison : je ne suis morte, mais pas sur Terre…
Je me penche sur Mira, il remue la queue le poil dressé. Il est effrayé. Il ne me reconnait pas. Il crache, je me recule. Quelle cruche ! De quoi ai-je peur ? Qu’il me morde ? D’avoir mal ? Je n’ai plus de corps, la douleur n’existe plus pour moi.
Le chat entame lentement une marche arrière, il ne me quitte pas du regard. Je soupire, enfin j’aimerai respirer. Pourquoi faut-il que tous les hommes finissent par me fuir ? Même ceux sur quatre pattes.
« Ed ! »
Je connais cette voix.
« Ed ! »
Qui m’appelle ?
« Edwige, par ici ! »
Je fais volte-face. Une silhouette se découpe dans le fond. Je vole vers elle. Qui est-ce ? Mon grand-père ? Ma tante ?
« Dépêche-toi, bichette, on t’attend. »
Mon cœur se gonfle, mais je n’ai pas de cœur. L’allégresse me rend légère, je ne suis pas seule ! Je file comme un courant d’air,.
« Viens Ed, rejoins-nous. »
J’arrive, ne partez pas ! Je souhaiterai hurler, mais je n’ai pas de bouche. La voix résonne autour de moi, en moi. La silhouette devient plus nette. Trop fine pour être mon papy, trop grande pour tata. Qui ça peut-être ?
Je ralentis. Un sourire suffisant me cueille. Je m’arrête stupéfaite. Qu’est-ce que ça veut dire ?
« Salut, Ed, tu vas bien ? Ah oui, tu es morte donc tout roule pour toi. »
Un frisson électrique parcourt l’être que je suis. Ce regard, cette mèche sauvage, ces lèvres moqueuses… Ce n’est pas possible, il ne peut pas être là, il était encore vivant quand j’ai succombé.
« Mickaël, comment ? »
J’arrive à parler. Je serre les poings. J’ai des mains. Je me regarde. J’ai un corps.
« On doit causer tous les deux.
— Non tous les trois. »
Je me retourne, un beau brun arrive vers moi. La gentillesse qui se dégage de lui me rassure. Au moins, lui ne va pas me broyer sous les reproches.
« Je peux me joindre à vous ? »
Quoi ? Des garçons sortent de l’ombre, m’encerclent. Tous les hommes que j’ai aimés, un peu… beaucoup. Mickaël, Rémi, Jo, Mat, Éric… ils sont tous là. Je me tasse sur moi-même. Le poids de leur regard, l’aura qu’ils dégagent m’enveloppent comme une couverture rêche. J’ai froid. Je voudrais me réchauffer de leur présence, mais la tension m’irrite. Je serre mes bras autour de ma poitrine.
« Alors ? me lance Mickaël.
— Alors quoi ? m’étonné-je.
— Lequel d’entre nous as-tu le plus aimé. »
J’ouvre la bouche et oubli de la refermer. C’est quoi cette question ?
« Dis-leur que c’est moi, supplie Jo en me tendant la main.
— Toi ? ricane Mat, mais elle n’a passé qu’une nuit avec toi. Ed, tu te rappelles cet été-là… on était bien ensemble. »
Je souris. Oui je me souviens. Pourtant Mat a tort, un mois ne remplacera jamais la seule nuit que j’ai partagé avec Jo. J’ai toujours regretté d’être partie le lendemain. J’avais peur, peur de me tromper, d’être heureuse, je ne sais pas exactement.
« Ed… on est resté combien de temps ensemble ? Dix ans ? Ça ne fait aucun doute que tu m’as aimé plus que tous les autres. »
Je fixe Éric. Quel enfoiré celui-là. Pas dix ans, huit. Mais je suis d’accord, ça m’a semblé beaucoup plus long. Je suis resté avec lui pas par amour, mais par habitude. C’est dingue ça. J’ai quitté Jo par peur du bonheur, je me suis accrochée à Éric par peur de la solitude. Mais qu’est-ce que j’ai fait ? Ma vie ne se résumerait donc qu’à ça ? Des regrets ?
« Entre nous il y avait toujours ce petit truc qui nous attirait l’un vers l’autre comme deux aimants opposés. Personne ne pouvait nous séparer, il fallait qu’on se touche, qu’on s’embrasse. »
Une larme coule sur ma joue. Rémi a raison. De tous, il était celui que je désirais le plus, celui dont je rêvais… et qui...
« Et tu n’as jamais voulu de moi, hurlé-je hors de moi. Tu préférais voyager, partir encore et encore ! Tous autant que vous êtes, comment osez-vous me poser ce genre de question ? Comment osez-vous venir me harceler le jour de ma mort ? Aucun de vous n’a jamais pris la peine de me connaître, d’apprendre à me faire plaisir. Oh oui, Éric, on est resté longtemps ensemble, mais pourquoi ? Par amour ? Tu n’en avais rien à foutre de moi ! Ce qui comptait c’était ton petit confort personnel. Jo, une nuit… une nuit indélébile, et puis après ? T’es-tu battu pour m’avoir ? As-tu essayé de me rassurer ? Non, tu as préféré me regarder de loin, tu me voyais seule, perdue et tu n’as même pas levé le petit doigt pour me sauver. Je n’étais qu’une gamine qui rêvait d’un chevalier. Quel beau chevalier ! Même pas capable de défoncer une porte dégondée. »
Mon souffle me fait défaut. Je respire difficilement. Une boule se coince dans ma gorge. Les larmes ne se tarissent pas, je n’en peux plus. Je veux qu’ils s’en aillent. Je ne veux plus les voir.
« Il ne reste plus que moi. »
Mickaël et son sourire, ses cheveux en bataille. Celui avec qui j’ai essayé. Vraiment essayé d’être heureuse. En vain.
« Toi tu es le pire de tous. Tu te servais de moi. J’étais prête à tout pour toi… »
Je serre les dents. Les mots veulent sortir, en désordre. Je ne peux pas, je me suis toujours retenue d’être méchante. Ne jamais leur en vouloir. Tout ça, c’est aussi de ma faute. Je ne me suis pas battu, j’ai baissé les bras.
« Oui ? insiste Mickaël.
— Ça va ? Tu as réussi à oublier tes amours perdus ? demandé-je acerbe. Tu venais me voir dès que tu te faisais larguer, dès que tu avais besoin d’être cajolé, rassuré et tu repartais me laissant plus seule que jamais. Tu n’as pas honte de croire que je pourrais un jour te pardonner les épreuves que tu m’as faites endurer ? Je te hais, je vous déteste… TOUS !
— Alors tu ne nous as jamais aimés ? » relance Jo la mine déçue.
Ma colère retombe d’un coup. Mes épaules se relâchent. Mais qu’est-ce que l’amour ? Les ai-je aimé ? Un soupire de lassitude s’échappe de mes lèvres. Épuisée, je secoue la tête.
« Au contraire, soufflé-je dans un murmure à peine audible. Je vous ai tous aimé, chacun d’une manière différente, mais aujourd’hui…
— Oui ?
— Celui que j’aime le plus n’est pas là. »
L’image de Jean s’impose à moi. Il n’est  pas forcément beau, mais quand il sourit… quand il sourit... je suis aux anges. Il m’écoute, cherche à me comprendre. Il est patient, compatissant, gentil, un peu con… mon cœur se brise. Je suis morte, je ne le reverrai plus, c’est terminé. Tant d’années sans le connaître, on aurait pu se croiser, on a habité les mêmes villes sans jamais se rencontrer jusqu’il y a peu.
« Tu lui as dit ? »
Mickaël a perdu son air suffisant, au contraire il semble heureux.
« Non.
— Qu’est-ce que tu attends ?
— C’est trop tard. Tu as oublié ? Je suis morte. »
Un rire cristallin retentit autour de moi. Les hommes que j’aime reculent. Je crois qu’ils vont disparaître comme Mira, mais non. Ils s’arrêtent. Une lueur rouge passe dans leurs yeux. Ils me montrent leurs dents. J’ai peur. Ai-je eu tort de dire la vérité ? Je n’aurai peut-être pas dû.
Ils me dévisagent. Leurs cheveux se dressent. Ils s’élancent sur moi. Je crie surprise. Dans un geste vain de protection, je me recroqueville sur moi-même. Sur mon dos, je sens des coups. Ils me frappent, j’ai mal, je hurle. Laissez-moi ! Allez-vous-en ! Je m’éteins…

Une lumière blanche, encore. J’ouvre les yeux. Un néon blafard m’aveugle. Une odeur aseptisée s’impose à moi. Les draps blancs, les murs blancs, les stores blancs. Un fumé de soupe bas de gamme s’invite dans la chambre. Je n’ai plus de doute, je suis à l’hôpital. Je n’étais pas morte.

Une semaine plus tard, on m’a tout raconté. L’accident, l’opération pour me sauver les jambes, mon dos à deux doigts de se briser. Ma mort durant une minute et vingt secondes. Mon retour : un miracle.
Je suis encore faible. D’après les médecins, ma convalescence ne sera jamais vraiment terminée. Je ne serai jamais vraiment guéri, mais je dois être reconnaissante : je suis en vie. Saleté de toubibs. Toujours le mot pour faire plaisir. J’aimerai bien les voir alités pour un temps indéfini et être heureux d’être en vie.
Je suis là, je rumine ma malchance. La faute à personne. Qui pouvait prédire qu’un arbre allait tomber pile au moment où je passais dans ma boîte à savon.
Trois coups à la porte.
« Entré.
— Ed ?
— Jean… »
Il passe le seuil de la porte, me sourit. Je pleure de joie. Oui, je suis heureuse d’être en vie.

Pour lire les autres participations, rendez-vous ici.


mardi 20 mai 2014

L'Ombre des Hommes #07

Le Brûlant étendait ses doux rayons sur le camp où régnait une agitation peu habituelle. Les Marcheurs bouillonnaient d’excitation. L’aube se levait sur un peuple changé, toujours inquiet de son avenir, mais fort d’un nouveau sentiment : l’espoir.
Ovi ne s’attarda pas dans son paten. La bête ayant détruit l’ossari, il ne restait plus que la bâtisse en bois où les enfants dormaient encore. Cette nuit, elle l’avait passé seule. Elle avait attendu Dodroi en vain. Ce dernier ne s’était pas couché, trop occupé à parler avec les Anciennes et le Porteur. Leur départ provoquait bien des désagréments, à commencer par la futur absence de Cortig. Qui porterait la Lance durant son voyage ? Les Marcheurs ne pouvaient se passer d’un Porteur, il était le guide des chasseurs, celui sur qui le clan comptait pour ramener du gibier. Jamais auparavant, un Porteur n’avait laissé sa place de plein grès. Le sommeil éternel se chargeait de la lui retirait.
Le regard fier, Ovi traversa le camp. Elle se remplit les poumons de l’air glacé du matin en se frottant les doigts à la recherche d’un peu de chaleur. L’odeur de l’eau blanche se faisait sentir, elle ne tarderait pas. Le départ se faisait de plus en plus pressent, si par malheur, les flocons recouvraient le sol avant la Grande-Marche, la tribu serait contrainte de rester sur place, et beaucoup douter de leur survie. Ce n’était pas tant le froid, mais bien le manque de proie à chasser qui leur serait fatal. Même réchauffé, un corps affamé ne survivait pas longtemps.
À son passage, les hommes se frappaient le torse de leurs poings et les femmes lui touchaient l’épaule, admiratives. Ovi ne pouvait s’empêcher de sourire, même si son ventre se tordait d’appréhension. Jamais encore on ne l’avait contemplée ainsi, jamais ses sœurs ne l’avaient respectée. Elle avait enfin trouvé sa place et pour la garder, elle devait partir. Son sourire heureux mua en une grimace amère. Elle s’était portée volontaire, elle ne pouvait pas leur en vouloir. Personne ne l’avait obligé ! Pourquoi avait-elle fait ça ?
Dodroi apparut dans son champ de vision. Pour lui ! À présent qu’il était leur Père, toutes les femmes voudraient partager sa couche. Ovi devait se montrer digne de lui. Elle ne pouvait rivaliser face aux charmes de ses sœurs, alors ce serait par sa force de caractère qu’elle le courtiserait.

En pleine conversation avec Cortig et Loussa, Dodroi ne l’avait pas remarquée. Le cœur de la jeune femme se serra à l’idée qu’il l’avait déjà oublié. Son nouveau statut, ses nouvelles préoccupations, il n’avait plus le temps pour elle. N’avait-elle pas fait une erreur en se proposant ? Comment allait-elle l’enjôler si elle restait loin de lui ? Sa poitrine se fit soudain très douloureuse. Elle ne supportait plus de le regarder sans que des gouttes d’eau ne s’écoulent de ses yeux. La bouche tordue par la douleur, Ovi tourna les talons. D’un coup, l’envie de partir très loin devint omniprésente. Ses jambes se mirent à courir le plus vite possible. Un râle s’échappa de sa gorge qui se nouait d’angoisse. Elle s’enfuit. En cours de route, elle perdit sa pelisse et se retrouva bras nus dans le froid de la matinée. Son souffle se fit douloureux, des aiguilles de glace pénétrèrent ses poumons. À bout de force, elle se laissa aller contre un arbre aux branches recouvertes d’épines vertes. Lentement, elle glissa le long du tronc tout en continuant à le serrer entre ses bras frigorifiés. L’eau de ses yeux abonda sur ses joues. Comme elle se trouvait bête ! Fallait-il être stupide pour croire que partir loin d’un homme aller la rapprocher de lui. Lentement, sa peur de le perdre devint colère. Et lui ? Pourquoi l’avait-il déjà oublié ? Un nouveau titre et elle n’existait plus ? Que la vie pouvait être injuste !

lundi 12 mai 2014

l'agression: stop au taboo

Projet crocodiles que vous pouvez retrouver à cette adresse: http://projetcrocodiles.tumblr.com/

Une agression c'est quoi? C'est un geste, un mot. C'est quelque chose qu'on vous a fait subir contre votre volonté (ok, la définition est assez flou parce que dans ce cas là, une fête d'anniv surprise est une agression, mais bon vous m'avez comprise). On vous a blessé par des insultes, par une main baladeuse. On a pas tenu compte de votre non-désir, on vous rabaisse... Bref, vous connaissez, on en parle de plus en plus et c'est tant mieux. Plus on en parle, plus on apprend à se défendre. Mais pas que...
A force d'entendre toute sorte de récit, je me suis rendue compte d'une chose: j'ai été victime mais aussi bourreau.

Regardez l'illustration: ça vous révolte, il s'agit d'un viol. Un viol dont on ne parle pas parce qu'il a eu lieu au sein même d'un couple. Un viol n'est pas facile à démontrer, mais qu'en la victime n'en parle pas, quand le bourreau se croit dans son bon droit parce qu'il est le mari/petit copain, parce que d'habitude, c'est la victime qui quémande les faveurs du bourreau... alors là c'est mission impossible. Et pourtant, il s'agit bien d'un viol.

Regardez bien l'illustration: la victime: une femme. Le bourreau: un homme.
Et bien, je peux vous dire que les rôles peuvent facilement être interchangeable. Après tout, les hommes sont des robots. Il suffit de les asticoter un peu pour que la machine se mette en route, non? NON! Quand monsieur dit non, c'est NON! Oh, bien sûr, le lendemain il va en rire, avouer qu'il n'a pas aimé, qu'il a cédé à contre-coeur et sa fierté d'homme en prend un coup.Tout comme une femme refusera de s'avouer que l'homme en qui elle a mis sa confiance l'a trahie. Les mots que j'emploie sont eux aussi interchangeables: fierté de femme; confiance de l'homme envers sa compagne. 
ALORS STOP AU TABOO!!
Que ça soit dans un sens ou dans l'autre, le mal est le même. Que l'on soit homme ou femme, dans un couple, le "non-désir" de l'autre doit passer avant notre libido soit-disant incontrôlable.  
J'ai abusé d'un ex, je m'en rend compte aujourd'hui, j'ai honte, je n'arrive pas à me regarder en face. Je voudrais m'excuser mais il ne m'écoute plus... la faute à qui... 

Je n'ai pas d'excuse, je n'en cherche pas. Je voudrai simplement que certaines d'entre nous comprenne qu'un homme n'est pas un sex toys qu'on peut utiliser quand l'envie nous prend. Si votre copain vous force, vous allez hurler, le chasser dans le meilleur des cas. Vous sentir mal le lendemain et ne plus jamais faire confiance à quelqu'un dans le pire des cas. Alors, la réciproque est logique, non? Ne doit-on pas cajoler notre cher(e) et tendre comme on aimerait qu'il(elle) nous cajole?

Apprendre de ses erreurs, dit l’adage. Vaut mieux tard que jamais, dit le proverbe. Pour ma part, je préfère vous prévenir que vous guérir. Tout n'est pas blanc ou noir. Ce n'est pas parce que vous n'avez jamais commis de faute que vous n'en commettrez jamais. 
J'aurai dû être plus à l'écoute, comprendre ce qu'on me disait, mais j'avais appris à vivre autrement. J'ai évolué dans un monde où il valait mieux être une salope qui dit oui, qu'une victime qui dit non. Aujourd'hui, je sais dire non, mais SURTOUT, quand on me dit NON, je l'entends et je le respecte.

De nos jours, les femmes sont victimes de harcèlement quasi quotidiennement (j'ai un bon paquet d'anecdotes en tiroir), mais on a tendance à oublier que les hommes aussi. De façon plus discrète, moins exhibitionniste, mais tout aussi douloureuse. Sans le savoir, vous avez déjà blessé quelqu'un, abusé, trahi, dénigré. On est tous des crocodiles... à nous de changer.

samedi 29 mars 2014

Ecrire un monde pour vivre



La coupine Vestrit a posé une question: pourquoi écrire ? Bien entendu, elle y a répondu, puis Hatsh a livré son sentiment. C'est donc à mon tour.

Pourquoi j'écris. Un homme a répondu à la question avant moi, Pierre Bottero, et jamais je n'ai trouvé de meilleure réponse.
"Enfant, je rêvais d'étourdissantes aventures fourmillantes de dangers mais je n'arrivais pas à trouver la porte d'entrée vers un monde parallèle! J'ai fini par me convaincre qu'elle n'existait pas. J'ai grandi, vieilli, et je me suis contenté d'un monde classique... jusqu'au jour où j'ai commencé à écrire des romans. Un parfum d'aventure s'est alors glissé dans ma vie. De drôles de couleurs, d'étonnantes créatures, des villes étrangères...
J'avais trouvé la porte."

Ça résume parfaitement mon sentiment. Petite, je ne rêvais pas de devenir un écrivain célèbre, je ne savais même pas qu'un écrivain pouvait être célèbre. Je ne rêvais pas de gloire, ni de paillettes, je ne désirais pas écrire, je voulais juste rentrer dans un livre. Devenir la nouvelle Alice, partir sur le Joly Roger, visiter Neverland... les livres me sortaient d'un ennuie mortelle, d'une routine où rien ne finissait bien pour moi, où le prince charmant n'existait pas, où la magie était absente.

En grandissant, je n'ai jamais perdu cet envie de "rêver", sauf que la réalité devenait de plus en plus présente. Je devais faire face à mes choix, bons ou mauvais, assumer les conséquences de mes actes, et la magie n'avait plus sa place dans mon quotidien.

Quand je suis tombée sur cette citation de Bottero. Ça était comme un électro choc. Je me suis rappelée tout ce que j'avais perdu, tout mes amis en papiers, et je m'en suis voulue.

J'ai alors pris un crayon, un cahier et j'ai commencé à recouvrir des pages de mon écriture ronde et pâteuse ( ;) ). Au diable les fautes de grammaire, de conjugaison et d'orthographe, je pouvais enfin retourner dans mon monde. Ma tête bourdonnée d'idées plus ou moins innovantes, mes mains frétillaient d'excitation, mon coeur se gonflait du mystère qui s'offrait à moi.

Et puis vint l'orgueil.
Et si ce que j'écrivais était bien? Et si, la magie de mes histoires sortait des pages pour m'atteindre? Le fantastique a le vent en poupe de nos jours, Harry Potter, Edward, sans parler de la fantasy remis au goût du jour par la trilogie du Seigneur des Anneaux adaptée au grand écran... (vous l'avez compris, je parle d'il y a quelques années maintenant ^^ ). Et les séries SF n'ont jamais été aussi nombreuses.
Alors, j'ai soumis mon texte à quelques lecteurs, par morceau ou en entier... Bon faut bien l'avouer, la magie dans notre monde, il faut lui donner un coup de main. Après tout, les fantasticovores vous le diront, la magie a un coût, elle demande autant d'énergie qu'elle en donne.

Adieu orgueil, bonjour patience...

Aujourd'hui, je ne suis plus totalement dans le monde classique, mais je ne suis pas complètement dans le monde du rêve (il faut bien manger ^^ ), mais je ne me bats plus pour respirer, je ne suis plus triste de n'avoir jamais fait le tour du monde, parce que quelque part, j'ai déjà fait cent fois le tour de l'univers.

dimanche 23 mars 2014

L'Ombre des Hommes #06


Et donc, le sixième extrait:

Au travers le trou par où s’échapper la fumée, Loussa admira les brillants du ciel. Une tradition voulait que l’on raconte l’histoire du dernier Père au moment du ventre rond de la Blanche. Cette nuit-là, elle n’était pas encore pleine, pourtant il serait bon de rafraîchir la mémoire de ses frères et sœurs. La voix de l’Omsage s’éleva. Le Pisteur se détendit. Le conteur avait eu la même idée.

« Au temps où l’eau blanche ne quittait pas les plaines, que le gibier se faisait rare et la cueillette plus encore, les Marcheurs avait un Père et une Mère. Ce Père se nommait Savoir-Immense, dit Savari. Aucune femme ne se refusait à lui. Il savait traquer une proie mieux que n’importe quels chasseurs. Il pistait le gibier seul et le tuait seul. Tous connaissaient l’histoire de sa rencontre avec un lion des cavernes, tous savaient que la peau zébrée qui parait les épaules, lui avait coûté une balafre de la joue au sommet du crane. Peu fier de sa bravoure, il se rasait soigneusement la tête afin que tous puissent voir ses cicatrices victorieuses. »

Loussa écoutait respectueusement, les yeux fermé. Les paroles s’infiltraient en lui comme une eau fraîche et claire.

« Pourtant, continua l’Omsage, Savari n’était pas rassasier. Il voulait devenir éternel. Sa folie n’avait d’égal que sa soif de pouvoir. Il se mit en tête qu’il était le seul à être digne d’être Père. Il ne forma pas de successeur et commença à tirailler le clan pour que tout soit fait à sa convenance. Il devint cruelle, orgueilleux mais personne n’osait le contredire. Il était le Père. A sa mort, la mémoire des frères auraient été perdu si la Mère n’avait pas enjôlé Savari à tel point que brûlant après brûlant, il lui révéla tous ses secrets. Quand le Père s’endormit à jamais, la Mère décida de séparer ce savoir en trois. Elle offrit le secret des femmes aux Anciennes, la mémoire des hommes à l’Omsage, et la Lance au premier chasseur qui devint son Porteur. Depuis, plus aucun Marcheurs ne désira de Père, et espéra qu’aucun Brûlant à venir n’en verrait un se lever. »



Loussa rouvrit doucement les yeux. Telle était l’Histoire des Marcheurs. Le passé était fait pour éviter sa répétition, même un idiot le comprenait. Le Pisteur jeta des œillades autour de lui. La légende faisait son effet. Beaucoup de ses frères et sœurs se lançaient des regards interrogateurs. Cortig lui-même semblait soucieux. Le soulagement libéra les épaules de Loussa. Bien que teintée de bonnes intentions, la proposition du Porteur dénaturerait la structure du clan. Il espérait réellement que la mémoire des frères suffirait à le faire comprendre aux autres.

jeudi 20 mars 2014

L'Ombre des Hommes #5

Et c'est parti pour un nouvel extrait ;) :


« Corbo ? »
Ce dernier n’avait plus ouvert la bouche peu de temps après qu’on lui ait rappelé ses massacres. Les seules paroles audibles qui parvinrent à traverser ses lèvres étaient dénuées de cohérence.
Le conteur s’accroupit devant lui. Il posa une main sur la tête du jeune chasseur et le força à lever la tête.
« Comment va ton corps Corbo ? » insista l’Omsage.
Corbo poussa un grognement à peine humain avant de se dégager d’un coup de tête. Dodroi se releva peiné.
« Je vous repose la question, où était votre esprit ? leur demanda-t-il. Avez-vous vu quelque chose ? »
La femme ricana, Herbe regretta de ne pouvoir l’aider et Corbo ne décrocha pas un mot. Dodroi tourna les talons. Lorsqu’il ouvrit la porte en peau, un cri le fit se retourner. Corbo était debout. De ses mains liées, il pointa un coin sombre de la pièce.
« Elle est là, Elle est là, hurlait-il paniqué.
Dodroi bondit près de lui :
« Qui est là. Corbo, qui est là ?
— L’Ombre est là ! »
L’Omsage laissa ses bras tomber. L’état du jeune chasseur ne s’arrangeait pas, maintenant il avait peur des ombres. Il prit le jeune homme par les épaules est tenta de le rassurer. Il ne reconnaissait plus le chasseur têtu qui désirait la reconnaissance de ses pairs. A présent il était redevenu un petit garçon terrorisé par la nuit.
Dodroi appela le chasseur de garde et lui demanda une torche.
« Tu vois » dit-il en plantant la torche dans le sol, à bonne distance des malades. « Le feu chassera tes peurs. 
— Oh Omsage, ne me laisse pas ici, l’Ombre est partout. »

Dodroi tapota amicalement l’épaule de Corbo. Le pauvre délirait complètement. Malheureusement il ne pouvait rien pour lui, la mémoire des Marcheurs n’avait rien pour le soulager.

La chambre